Voici Pâques ; je pars en vacances, j’irai à Barbizon voir Berthe et son père, puis je rejoindrai Charlotte et son fiancé, nous avons tout un programme de promenades à faire dans Paris.

Mon cœur bat trop vite, comme je vais être heureuse avec eux.

Barbizon, jour de Pâques.

Il pleut, pas moyen de courir en forêt, nous restons là, calfeutrés dans la chambre ; Berthe déclame Salammbô, M. Passy somnole dans un vieux fauteuil mal rempaillé, sa chatte entre les bras. J’écoute, mais ma pensée est loin, elle tournaille obstinément, autour d’une autre chambre que j’aime, où vit, où respire, où travaille si joyeusement Charlotte. Ma pensée les voit, je leur ris. Il fait bon ici près de Berthe, mais je voudrais être là-bas, auprès d’eux.

22 avril.

Il pleut ; entre ciel et terre, c’est une trame mouvante que brode le feuillage des grands chênes, et que déchire — avec quelle joie barbare — le vent, le vent qui viole la forêt, le vent qui tue les nids. C’est sur les cailloux du chemin, dans l’herbe, les rigoles, une lente ritournelle, un fredon mélancolique d’êtres invisibles, qui se plaignent : eux aussi souffrent ! Ainsi la Douleur est partout ! Et cette trame grise, entre ciel et terre, comme un voile obscurci, enveloppe notre souffrance et celle de l’univers.

23 avril.

La Forêt a dit : « Il faut avoir pitié ! » Je pense aussi que les plus hautes leçons, les leçons de grandeur d’âme, c’est la Mer, la Forêt, la Montagne qui nous les donnent.

24 avril.

M’y voici, dans cette vieille rue Saint-Jacques, où habite Charlotte ; je n’arriverai jamais assez tôt, pour leur offrir les premiers rameaux de « joli bois », que le père de Berthe est allé me cueillir, ce matin, dans la forêt.