L’étrange et brave cœur : il est bien l’image complète de l’ébauche qu’est Berthe ; à vivre près de lui, on ne songe plus au ridicule de ses habits, à la singularité des papillotes. Il vit en communion avec la nature, simplement ; c’est cette sincérité, cette bonté qui seront dans la vie la grande force de Berthe.
A table, on cause de mon voyage à Barbizon, les fleurs embaument, M. Dolfière a voulu que je lui fleurisse sa boutonnière ; Charlotte, avec ses dents, a coupé le brin que j’ai piqué ensuite au veston de son fiancé.
25 avril.
Visite au Luxembourg : nous avons regardé longuement le saint Jean-Baptiste de Rodin, et sa Danaïde. Puis les Puvis de Chavannes, les Carrière, les très rares tableaux de l’École impressionniste. C’est un éblouissement. Il nous a expliqué, à toutes deux, les tendances modernes de l’art, le retour à la nature, à l’admiration du vrai, à la plastique sincère des êtres vivants.
26 avril.
Je rentre heureuse à l’École. Pendant ces vacances, trois choses ont remué en moi les sources profondes ; trois choses ont surgi, qui vont dominer, je le sens, ma vie de Sèvrienne.
La pitié pour ce qui souffre.
L’amour du beau.
L’impérieux besoin de me retrouver, moi aussi, dans un autre cœur.