Bartet m’a répondu un mot charmant ; je le fixe, comme une fleur, à cette page de mon journal.

1er juin.

Est-ce gentil, Bartet m’envoie une baignoire pour la matinée de dimanche aux Français, on joue : On ne badine pas avec l’amour. Je préviens Charlotte et son fiancé.

4 juin soir.

Elle a été exquise, l’austère Camille, l’égarée, celle qu’une expérience prématurée déflore, cruelle et candide, se jouant sans scrupule de l’âme de Rosette, de l’âme de Perdican.

Mais pourquoi cette comédie de Musset, si émouvante à la lecture, si à la fois rêve et réalité, devient-elle obscure à la scène ; Charlotte et moi nous avons eu la même impression, comme si ce théâtre, écrit pour les délicats, n’était vraiment clair, vraiment dramatique, que lu en silence.

Même ces passages exquis, cette poésie que l’âme de Perdican jette sur les souvenirs de son enfance, sur l’étang, les arbres qu’il retrouve si petits : à la scène, quoique dits par Le Bargy, cela paraît déclamatoire.

Je crois que le mystère d’une lecture convient mieux au théâtre de Musset, que le jeu, souvent médiocre, des artistes qui l’interprètent.

Henri Dolfière m’avoue qu’il est venu là pour me voir, mais qu’il a horreur des bonshommes et des bonnes femmes des Français.

Je lui ai parlé de mes lectures, il m’a demandé de ne pas lire Baudelaire ; pourquoi ? parce qu’il aurait regret, que les Fleurs du Mal laissassent leur ombre sur ma pensée.