Tout mon travail de seconde année tendra vers ce but ; il est grand temps d’être autre chose qu’un brillant esprit d’assimilation.

Et puis, je ne veux pas séparer l’effort de mon esprit, de l’effort de ma conscience ; si jamais le grand principe de l’étude a été donné, c’est bien par cette vertueuse femme que nous fréquentons trop peu : Eugénie de Guérin.

Je lis non pour m’instruire, mais pour m’élever.

Son journal devrait avoir la place d’honneur, dans nos chambres de jeunes filles ; il nous redirait, lui, d’être probes, d’écarter toutes les lectures qui peuvent souiller nos âmes, de sauvegarder, comme un bien inestimable, la pureté.

1er juillet.

J’ai eu trois ou quatre fois, la joie de faire une très bonne leçon. Ces jours-là, j’ai connu le paradis : je me sentais soulevée, frémissante, avide d’atteindre à la perfection.

C’était un contentement délicieux, que je savourais dans mon for intérieur. Je me surprenais à rire, du même petit rire qu’a ma conscience, après une bonne action.

Les jours qui suivaient, c’était une sérénité paresseuse, j’envisageais l’avenir sans inquiétude, comme si le succès était désormais infaillible.

Tout me paraissait facile, je me sentais des épaules à soulever le monde.

Mais que de jours mornes, où, le cœur serré, je n’osais plus me réjouir, doutant de moi-même, maltraitant mes professeurs, croyant à la malchance, nerveuse, irritable et si malheureuse que j’aurais voulu mourir… parce qu’une leçon ne valait rien.