Je n’ai pas le courage de Berthe, qui ne se laisse déprimer par aucune injustice. D’Aveline la goûte peu ; cet esprit frondeur, irrégulier, cette parole trop prompte, et souvent éclairée de mots que lui fournit le lexique paternel, choquent le puriste, un peu étroit, qu’est notre professeur.

Moi, je reste désarmée devant un jugement sévère : l’idéal serait d’être le personnage pondéré, si réfléchi, qu’est Victoire Nollet ; celle-là plane dans une impassibilité stoïcienne, au-dessus des bourrasques de notre vie scolaire.

Il se fait, dans l’ordre de la promotion, un mouvement sensible. Adrienne Chantilly ne tient plus la tête de la classe ; nos professeurs ont vite percé le fragile tissu de son esprit. Seuls, des évanouissements propices et le jeu de paupières, dupent encore M. d’Aveline.

Victoire monte, monte ; Jeanne Viole travaille et mène de front une tactique fort intelligente, qui lui gagne ici des sympathies utiles. Bléraud est nulle ; Hortense ne travaille que pour Ugène ; Thérésa est moyenne, Berthe inégale.

En somme, la lutte pour le no 1 de la licence est bien limitée entre Victoire Nollet et moi.

10 juillet.

Nous y pensons déjà : ce matin les élèves de deuxième et de troisième année, sciences et lettres, sont parties pour la Sorbonne, où ont lieu les examens d’agrégation et de licence.

Dès six heures du matin, le désarroi était dans l’École : de grandes voitures Cook, à postillons, stoppaient devant les grilles ; nous étions toutes levées, aidant nos compagnes, leur faisant du café, des rôties. Elles sont vertes, ou si pâles, que les flacons de sels circulent. Vite on les met en voiture : « Cherchez sur la route, un bossu, un soldat, une femme grosse, leur crie Berthe, et tout ira bien. »

Les voitures enfilent l’avenue, tournent brusquement sur la route, les voilà parties, nous agitons encore nos mouchoirs.

Isabelle et Renée m’ont fait peine à voir. Myriam s’est trouvée mal.