L’amitié d’Henri me comble de joie ; son esprit me plaît, son cœur me plaît. J’aime son passé de travail, d’efforts souvent pénibles (Charlotte me l’a dit), pour réaliser le beau rêve de l’artiste. Je l’aime d’avoir choisi l’être sincère et tendre qu’est Charlotte, pour en faire le compagnon de toute sa vie.
Puis, je crois bien que, sans tout cela, je l’aimerais, parce que je sens qu’il m’aime.
29 juillet.
Voici les dernières lignes que j’écris à Sèvres.
Demain, nous quitterons toutes l’École, pour aller en vacances. Je ne m’en réjouis point. Je voudrais demeurer ici toujours.
Si nous sommes des Bénédictines laïques, il est si doux de l’être.
Il faudra s’en aller tout à fait dans deux ans ; déjà cette pensée me déchire. On est si bien sous ce toit, près des beaux arbres, près du jet d’eau où chuchotent des voix anciennes, parmi les livres rangés dans les vitrines blanches, sous les écussons blancs enguirlandés de lys. Chercher les idées qui volent, du portrait de Louis XV à ce qui fut jadis le médaillon de la Marquise, chercher son visage dans les hautes glaces, et s’y voir encore fraîche. Ignorer la vie, n’en connaître que les on dit des poètes et des penseurs, vivre de ses seules émotions.
Quel rêve !
Adieu, chère petite chambre que je ne retrouverai pas en revenant ; une autre prendra ma place, et ne saura pas combien tu me plaisais : j’ai voulu que ta parure, ces mousselines, ces fleurs, ces photographies fussent un reflet de moi-même ; c’est un peu de mon âme, chère petite chambre, que je t’ai donné là.
Je m’en vais, le cœur gros des souvenirs que je te laisse, j’avais fait mon nid ; malgré moi, je l’abandonne, je pars, déjà je n’ose plus me retourner.