» Au surplus, je la soupçonne de n’avoir aucune vocation pour l’Enseignement, de viser à autre chose, en se servant de l’École comme d’un tremplin, si j’ose m’exprimer ainsi.

» Si j’en crois les confidences de qui vous savez, son entreprise serait de compromettre un de ces Messieurs, puis de s’en faire épouser. Elle aurait jeté, à cet effet, son dévolu, sur M. d’Aveline.

» Comptez, madame, sur ma vigilance.

» Mlle Triel, gentille jeune fille, douce, timide, bien élevée, un peu trop sauvage. S’ignore elle-même. Travaille beaucoup, sans bruit. Promet d’être un professeur solide et modeste. Je n’ai rien à ajouter.

» Mlle Nollet mérite en tout point l’estime dont vous voulez bien l’honorer, madame. Depuis le malheur qui l’a frappée, je ne l’ai pas surprise une seule fois à pleurer ; même, Mlle Vormèse lui ayant demandé ce qu’elle pourrait faire pour l’aider dans sa peine, Mlle Nollet a prié Mlle Vormèse de vouloir bien lui permettre de travailler l’allemand avec elle, en vue de sa licence. Elle est donc tout à l’étude.

» Sa santé reste déplorable, la crise attendue ne se déclare pas, malgré les douches glacées que, sur l’ordre du docteur, l’infirmière lui administre tous les jours que Dieu fait. Enfin !

» J’ai plaisir à insister sur le labeur, sur l’énergie de cette jeune fille, qui témoigne d’une nature virile, bien préparée à recevoir la manne stoïcienne.

» Mlle Viole, une de nos bonnes élèves, serviable, droite, méfiante d’elle-même, demandant à plus expérimentée qu’elle l’appui d’un conseil.

» Elle cherche sa voie. N’osant s’adresser à vous, madame, par un sentiment de touchant respect, J. Viole est venue à moi. Dans mon cabinet, nous discutons morale et philosophie ; elle est vraiment intéressante, dans son ardeur à chercher la vérité, à s’attacher aux principes découverts.

» C’est une âme délicate, plus faite pour le cloître que pour la vie. Cependant j’espère, par des paroles réfléchies, lui rendre le goût de l’action ; et, en m’inspirant, madame, de votre sagesse, l’aider à sortir de cette voie mystérieuse, où son cœur, comme dit Pascal, se cherche et ne se retrouve pas.