D’autres groupes de Sèvriennes entrent chez Foyot, silencieuses ou mornes, bavardes ou fiévreuses, suivant que l’impression dernière du concours fouette leurs espérances, ou les écrase.
Pas une qui ait cet air faraud que donne la certitude du succès. Toutes sont inquiètes, et s’irritent de rencontrer sur leur chemin tant de mines indifférentes à leur tourment.
Leur âme est si pleine de cette attente, qu’en une minute elle épouse leur vie entière. Qu’importe demain, si aujourd’hui doit leur être funeste.
Dans la rue, une Scientifique essuie ses larmes. Comment serait-elle reçue avec un zéro en trigonométrie ? N’a-t-elle pas oublié la formule exacte qui donne la parallaxe des étoiles ?
— Et moi, tu sais bien que j’ai raté ma théorie du Rayonnement. Louise ! mais elle sera reçue, elle m’a avoué trois solutions différentes pour le problème, elle enfoncera ses examinateurs.
Plus loin, quelques Littéraires naïves avouent que le sujet était trop facile : Justice et charité. D’autres, plus fines, décrient leurs copies, imputant à leurs nerfs un échec probable.
Le long de la rue Racine, c’est un verbiage savant qui fait retourner les petits trottins.
Jeanne Viole, hardiment, rompt avec les vieux stratagèmes. Elle pérore au milieu des licenciées ; avoue, sans qu’on l’en prie, que Bréau, le grand philologue, a lu sa composition de grammaire : Rôle de l’analogie dans la formation historique de notre langue, et qu’il l’a trouvée remarquable.
Angèle Bléraud renchérit, invente des détails, affirme que les examinateurs sont très mécontents de cette épreuve.
Quelle avance de points pour Jeanne Viole : elle enjambera toutes ses compagnes.