Avec quelle peine, quel arrachement de tout leur être, elles s’efforcent de montrer au jury le fruit d’une longue préparation ! Elles se donnent avec rage, sans réserve, inconscientes courtisanes de l’esprit, qui se plient au goût, aux caprices du maître.
Libre à elles, plus tard, de rejeter cette soumission forcée, mais qu’aujourd’hui le jury les trouve dociles, leur succès en dépend.
Qui oserait les accuser d’être lâches !
Leur gagne-pain est à la merci de ces hommes.
Que de misères morales cachent ces titres brillants de licenciée, d’agrégée…
Le concours est fini, dans huit jours Sèvres en connaîtra les résultats.
— D’ici là qu’on n’en parle plus, mes p’tits ! Jeanne Viole proteste, mais l’entrée des agrégées coupe court à toute discussion.
— Enfin ! vous voilà, mesdemoiselles, que faisiez-vous ? s’exclame la bonne Lonjarrey, bouche pleine, redressée dans un mouvement de poule en colère.
— Nous n’étions pas perdues, mademoiselle ; M. Legouff nous retenait à la Sorbonne, pour nous parler de notre examen, fit Isabelle Marlotte, un peu agacée.
— Et que m’importe, mademoiselle, je vous attendais, moi.