Ce prestige est bien oublié, quatre lignes dans Vapereau, voilà tout ce qui reste du passé de l’actrice, de ce « chaste talent » qui s’est embourgeoisé jusqu’à vouloir enseigner, dans les Écoles, l’art de la diction.

A Sèvres, la partie est dangereuse pour elle, on ne respecte guère les procédés artificiels du Conservatoire. Déjà très instruites, et de goût délicat, les Littéraires ne transigent pas, elles font la moue quand Mlle Ladièze déclame l’Espoir en Dieu, ou les plaintes d’Andromaque, se rappelant les lectures naturelles, harmonieusement nuancées de d’Aveline, le verbe énergique de M. d’Artois.

Tout au plus, s’accorde-t-on à reconnaître Mlle Ladièze excellente dans La Fontaine et Molière, pas plus. On se répète ses axiomes préliminaires, que Berthe Passy illustre au tableau noir :

« Asseyez droit vos hypocondres !

« Faites oublier votre corps.

« La tête relevée, joignez modestement vos mains à la chute du ventre. »

Chaque matin, devant sa glace, Victoire Nollet se met en position ; elle est devenue la plus godiche des Sainte-Nitouche.

Adrienne Chantilly, vexée de n’être pas le type recommandé par Mlle Ladièze, voudrait émonder Victoire de ses bras superflus, et l’offrir comme le patron nouveau de la femme bien disante.

— Qu’on s’entende une bonne fois, sur cette question des rondes-bosses ; faut-il étaler ou proscrire son sexe ? dit-elle.

Mlle Lonjarrey s’étant oubliée, ce jour-là, dans les délices d’un flacon de rhum, les Sèvriennes purent causer à leur aise.