Elles surent tout de suite, que M. Legouff viendrait à deux heures, qu’il leur ferait une conférence sur Béranger, et que pour diminuer un peu sa tâche, elle, professeur de diction, lirait les stances sur Waterloo et les Souvenirs du peuple.
— Eh quoi, fit soudain l’excellente demoiselle dont les yeux tombèrent en arrêt sur le Heredia que feuilletait Marguerite, c’est à Sèvres que je trouve ce livre immonde. Oh ! mademoiselle, vous ne l’avez pas lu au moins ?
Toutes de protester.
— Mais si mademoiselle, c’est une de nos admirations : M. d’Aveline nous a lu « les yeux de Cléopâtre », nous avons lu le reste. Il y a un éclat, un modelé, une plastique dans ces sonnets, déclara Adrienne enthousiasmée.
— Oh ! oh ! oh ! mademoiselle, fit Mlle Ladièze en reprenant le jeu d’Arsinoé, je vous en supplie, n’avouez pas que vous lisez ce livre. Moi, à mon âge, et j’ai cinquante ans sonnés, je me refuse à voir plus loin que les premières pages. C’est de la littérature putride, cette lutte des Centaures ; un étalon en rut qui court sur sa cavale…
— C’est tout à fait ça, même qu’il y en a bien d’autres dans l’Aveugle de Chénier, n’est-ce pas Marguerite ?
— Mlle Passy, je n’ai jamais rien lu de pareil.
— Alors, mademoiselle, c’est que votre livre est expurgé, pas le nôtre.
— Enfin, mademoiselle, je ne veux pas me heurter à cette admiration… étrange, je réserve mon opinion.
— J’te crois, fit Berthe en pinçant le bras de Jeanne Viole, alanguie dans une pose artistique.