— Mlle Viole, si M. Legouff vous prie de lui lire une fable, qu’avez-vous préparé ?
— Les deux pigeons, mademoiselle.
— Vous auriez pu mieux choisir, répond sèchement le professeur, que l’air railleur de ses élèves agace un peu.
— Comment, vous n’aimez pas cette fable, mademoiselle, moi je lui trouve une grâce touchante ; elle a été écrite au milieu de nous ; si vous voyiez les pigeons de l’école, quand ils se retrouvent, posant sur le bord du toit leurs pattes purpurines, je suis sûre vous adoreriez l’élégie de La Fontaine.
— Peut-être, Mlle Triel, mais…
— Moi je suis de l’avis de Marguerite, interrompit Adrienne, cette fable a dans son allure languissante quelque chose du vol capricieux, lentement rythmé des colombes ; tenez, même la monotonie voulue des syllabes, pour l’oreille, a quelque chose de leur roucoulement langoureux.
— Votre remarque est peut-être juste, mais voyez-vous, mesdemoiselles, ce qui me gâte cette fable, c’est un vers gênant à dire.
— Et lequel ? demandèrent les grands yeux candides de Marguerite Triel.
— Oh ! vous le savez bien, vous n’êtes plus des petites filles. Non vraiment ?
Mon frère a-t-il tout ce qu’il veut,