Un souffle de mort passa,
Brisant ce nid où dorment les Colombes.
Une lumière vaporeuse caresse cette tombe, rayonne sur ce visage de jeune fille, qui s’anime et se fond avec une grâce divine.
Elle me plaît cette image de l’évanouissement d’un être, déjà repris — fleur, arbre, ou plante — par la matière. Si les morts ont des yeux, Charlotte aurait souffert d’emblèmes effrayants, qui couvrent nos cimetières chrétiens ; le symbole païen rappelle mieux, à ceux qui l’aimèrent, la poésie de sa beauté.
Mes larmes silencieuses ont dit à Henri l’œuvre admirable qu’il vient de faire pour Charlotte.
....... .......... ...
Tout bas, loin d’elle, l’ami m’a raconté sa vie depuis un an ; l’horreur des premiers mois, où il songea à se tuer. L’apaisement, la résignation lâche au destin dès qu’il s’était remis au travail. Alors le désir fougueux de faire pour elle une œuvre virile, de demander à cet amour brisé, l’inspiration qui crée des choses éternelles… puis ses doutes revenus, le suicide lent de son corps dans cet atelier, où il avait vécu en communion surnaturelle, épuisante, avec l’être invisible que son amour recréait.
« — Maintenant l’illusion est finie ; on va l’emmener là-bas ; elle ne m’appartient plus. J’ai déchiré mon cœur pour y trouver cette statue. Elle partie, c’est le dernier arrachement…
» Vous m’avez aidé, Marguerite, à monter mon premier calvaire : aujourd’hui, c’est encore votre main amie que j’appelle, ne m’abandonnez pas. »
L’abandonner, grand Dieu, n’est-il pas tout pour moi !