J’ai pu le voir à l’École, et déjà au lycée Fénelon, une instruction trop développée, va souvent à l’encontre du développement du caractère. Des jeunes filles, très raisonnables, aussi longtemps qu’elles ont été soumises aux principes de la famille, ont brusquement cessé de l’être, le jour où l’étude les a prises.

Oui, l’étude a été pour elles une volupté dangereuse, énervante, qui les a affaiblies, corrompues même ! Elles ont vécu dans leurs livres, d’une vie artificielle, s’éloignant chaque jour de la réalité. Elles ont fait, sur elles-mêmes, de l’analyse psychologique ! elles ont voulu expérimenter la science qu’on leur dévoilait. L’esprit d’examen en a fait des raffinées, des curieuses, peut-être des coupables.

Et répondant au geste de Victoire :

— Cette question de philosophie qui est la dominante de votre enseignement, me paraît à moi la cause de tout le mal. Comment voulez-vous que des fillettes de quinze ans, même guidées par votre sagesse, se reconnaissent au milieu de tous les systèmes qu’on leur expose !

Vous en ferez des sceptiques, des raisonneuses, des égoïstes. En gagnerez-vous beaucoup à votre système, qui étouffe la joie, et vous le savez bien, Victoire… la charité.

« Souffre et abstiens-toi. »

Faites donc accepter cette morale à de jeunes êtres avides de vivre !

— Je l’avoue, monsieur, je suis inquiète de cet enseignement que nous allons répandre : le sens moral est en jeu, sommes-nous assez sûres de nous, pour rétablir l’équilibre du dedans.

N’avons-nous pas justement à Sèvres le type de cette génération montante, que nos anciennes ont formée. Voyez ce groupe si curieux de Juliette, d’Hélène et de Marianne. L’une s’est emballée sur la question sociale, et toute sa philosophie aboutit aux utopies d’un monde nouveau, créé après l’anarchie. Que seront ses élèves à celle-là ?

L’autre, est une hégelienne qui méprise la vie, habite la lune, je suppose. Qu’enseignera-t-elle sur la pratique de la vie, elle qui nie les faits.