Te souviens-tu quand Salammbô vient au camp et que Matho, éperdu, la supplie de lui donner les petites cornes de gazelle qui supportaient ses colliers ?
C’est une larme de Matho, larme de désir, qui roule encore dans l’Infini.
Je cherchais mon étoile : la voici. Adieu, ma Berthe, je vais suivre le chemin d’amour que Vénus me trace dans le ciel.
CHAPITRE XXXIV
LE DON
Lettre de Marguerite Triel à Henri Dolfière.
« Sèvres, 14 août 189 , 10 heures soir.
» Dans quelques heures, j’aurai quitté l’École. Je suis libre, Henri, je suis reçue et je démissionne. Je veux que mon travail reste libre, afin de disposer de ma vie selon mon cœur.
» Je vous aime, Henri. Je vous aime depuis longtemps ; depuis toujours, je crois. Ce sont vos larmes, un soir, qui m’ont donnée à vous. J’attendais, j’implorais votre aveu. Rien ne me faisait pressentir que ce jour si éperdument désiré, serait pour nous encore un jour de douleur.
» J’ai fui vos bras. J’ai cru devenir folle. Vous m’aimez ! Le souvenir de vos paroles me brûle et m’écrase. J’ai maudit la vie. J’ai voulu vous arracher de moi, vous haïr. Je vous adore.