J’ai refusé sèchement. — Elle a pleuré.
Parmi nous, Victoire Nollet est la seule qui songe déjà à l’agrégation ; la première en étude, la dernière à se coucher, on la voit partout un rollet à la main, pour ne pas perdre une minute. On ne sait trop, à la voir, à quel sexe elle appartient : elle a le corps d’un poupon, et la tête d’une laideur fantastique, toujours congestionnée. Ce qui lui attire une volée de bons mots.
Berthe Passy vient de me montrer la caricature qu’elle en a fait : le poupon XXe siècle, encore au maillot, pousse à coups de reins un chariot avec plumes, encre, papier, et à la remorque, un bourdaloue.
Des autres, je ne sais rien encore, si ce n’est qu’Hortense Mignon a des amours contrariées, et que son sergent Laflûte, un grand paresseux, se prépare à bien la gruger, une fois en ménage.
Ouf ! j’entends ouvrir toutes les portes des chambres, vite je te cache, cher cahier ; c’est la vieille Lonjarrey, qui passe son inspection domiciliaire.
CHAPITRE IV
PAQUET DE LETTRES
Quelques élèves, fatiguées de leur première semaine de cours, ont quitté plus tôt la salle d’études, pour se reposer dans leurs chambres, où elles baguenaudent jusqu’à l’heure du dîner. La nuit est venue, le gaz éclaire une haute salle presque déserte. De longues listes de leçons à faire barbouillent les tableaux noirs ; des feuilles de buvard traînent sur les vieilles tables incommodes, tailladées au canif, incrustées d’initiales, luisantes à la place des coudes. Le long des murs, dans les casiers, traîne le « fourbi » de la nouvelle promotion ; dix cocottes en papier, portant un nom en sautoir, représentent les dix Sèvriennes littéraires de première année.
Au milieu de la salle, une poutre mal équarrie soutient le plafond. C’est le Pilori de Sèvres, où les mécontentes ont coutume de clouer leurs professeurs : le père Taillis s’y balance à perpétuité au bout d’un fil.
Trois Sèvriennes, très absorbées par leur correspondance, se hâtent d’écrire, car la cloche va sonner, et l’inflexible Lonjarrey, au nom du règlement, entend qu’au premier coup les nouvelles soient toutes au réfectoire.