» Sois tranquille, je ne rêve pas à la lune ; je laisse ça à ma voisine, Marguerite Triel, un type chouette, qui me botte. En voilà une qui te plairait, mon vieux, pas pionne pour un sou, et belle, et belle ! Elle a même trouvé le temps de garder toutes ses illusions.

» Ce que l’école va démolir tout ça ! Moi d’abord je te préviens que je ne bûcherai pas : je veux ménager ma cervelle, la pauvre ! ces examens l’ont mise à une rude épreuve ; il me faut au moins l’année pour me refaire.

» La vieille Lonjarrey a parlé de toi à « notre illustre mère », et je vois à l’air dont on me reçoit, au bonsoir, qu’on prend tes papillotes et tes sabots pour une fumisterie déplacée.

» Ah ! si l’on savait, ce que te coûtent ces chansons qui nous font vivre !

» Courage, mon vieux, dans trois ans, tu pourras te reposer ; ta petiote te rendra, tant qu’elle pourra, tout ce que tu fais pour elle.

» En attendant, ce qu’elle a de meilleur, son gros baiser, est à toi.

» Ta fille et amie,

» Berthe. »

Ah ! dis à Rosalie de t’acheter de la pommade, et de ne pas oublier, comme ça lui arrive, le mou de Friquette.

Lettre de Hortense Mignon à M. Eugène Laflûte, sergent au 20e d’infanterie, Carpentras.