A peine sortie, une autre la remplace ; une autre vient ensuite ; à chacune, Mme Jules Ferron ce soir-là, dit un mot gracieux, mais quand arrive le tour d’Adrienne Chantilly, qui lui fait une révérence de cour :
— Vous avez fait une bonne leçon, mon enfant, mais ce n’est pas assez personnel. Lisez un peu moins, pensez davantage, ne croyez pas que la forme sauve tout. Ici il vous faut songer non pas à vous-même, mais aux élèves que vous aurez… et puis, ne vous parfumez plus, comme vous le faites, vous incommodez vos professeurs.
Adrienne froissée se retire. Hortense, arrive, salue gauchement.
— Vous avez trop de correspondance, mon enfant, c’est du temps perdu ; je vois sans cesse des lettres qui vous arrivent de Carpentras, vous êtes à l’École pour préparer votre avenir de professeur, ne le compromettez pas… et comme Hortense, très rouge, ne se retire point :
— Vous avez quelque chose à me demander ?
— Oui madame (hésitant, et baissant les yeux sous le regard dur qui la pénètre). Voulez-vous me permettre d’aller demain jeudi à Paris ?
— Encore pour aller au Bon-Marché ! déjà Mme Ferron s’apprête à refuser net, quand Hortense saisit au vol un mensonge.
— Non, madame, pour aller voir le dentiste.
— Allez, fait la directrice, très indulgente aux maux de dents.
Les Sèvriennes continuent à défiler dans le petit cabinet ; selon les mines, radieuses ou humiliées, on devine que chacune emporte son paquet.