Mlle Vormèse s’arrête un instant ; les élèves recueillies boivent ses paroles.
« Pendant des années, votre horizon a été ce coteau de Sèvres ; c’était pour vous le Paradis : entrant à l’École, vous étiez sûres plus tard de gagner, honorablement et librement, votre vie.
» … Comme sur les côtes, de petites barques vont de ville en ville porter leurs marchandises, en prendre de nouvelles, ne s’égarant jamais, grâce aux feux qui s’allument dans la nuit, votre jeunesse a suivi les escales d’une route tracée à l’avance. D’un examen vous passiez à un autre, d’un autre au suivant, toujours plus riches, et plus sûres d’atteindre le port.
» Vous y êtes !
» Il en faudra sortir. Bientôt les côtes s’effaceront derrière vous, c’est la pleine mer, c’est l’inconnu que vous devez parcourir.
» Vous ne savez pas où vous irez en sortant de Sèvres, mais déjà, par vos compagnes, vous entendez dire que la vie vous sera dure.
» On nous raille, on nous méprise, on nous attaque partout où les lycées se créent.
» Il faudra du temps, et combien d’efforts, pour vous faire connaître, et obtenir de l’opinion publique, l’estime et l’affection que vous mériterez. »
Très bas, d’une voix presque tremblante, Vormèse poursuit son image :
« Oui, c’est vraiment la pleine mer, houleuse, méchante, où votre barque doit tracer un sillon. Que deviendra-t-elle, si avant de quitter le port, vous n’avez pas cherché là-haut une étoile…