» Apprendre à agir, voilà ce qu’il faut faire ici. Orientez votre vie vers une croyance, avec la ferme volonté d’agir conformément à votre foi.
» La tolérance la plus large règne à l’École. Vous êtes libres. Un système de compression ne produirait que des êtres affaiblis, sans ressort, soumis par la crainte, incapables d’agir avec vigueur dans les circonstances difficiles. Vous seriez dépourvues de courage pour lutter contre vous-mêmes. »
D’une voix plus nette :
« Mme Jules Ferron a trop le respect de votre liberté, pour souffrir qu’on vous impose une direction de conscience. Vous êtes libres de votre choix, responsable de vos actes.
» Que celles d’entre vous, qui ont gardé le culte de leur enfance, le gardent jalousement et y puisent la résignation et la force pour lutter.
» Que les errantes cherchent, s’éclairent, se décident. Les discussions philosophiques de nos mercredis, les cours de M. Jérôme Pâtre, des lectures réfléchies, les aideront à se former un idéal, une religion philosophique.
» Disciples de Socrate, d’Épictète ou de Kant, ayez en vous-mêmes le ferme propos de vivre conformément à votre loi, d’obéir toujours à votre conscience, de la considérer comme le témoin exigeant et hautain, devant qui vous ne sauriez rougir.
» Soyez donc énergiques et probes.
» Comme dit saint Augustin : « Aimez et faites ce que vous voudrez. » Mais gardez-vous dans la vie du scepticisme qui tue l’action morale.
» Gardez-vous d’une fausse pitié pour vous-mêmes, et pour les autres ; souvent ce n’est qu’une lâcheté déguisée.