— Allons, allons, ma chère, vous êtes un peu folle ; vous voulez qu’on vous redise encore que vous êtes la merveille de notre « Sixième », que vous savez tout ce que moi j’ignore ; vous êtes épatante, vous citez les petits Pères et l’Almanach de Gotha, comme une élève des bonnes « maisons » !
A Sèvres, ils en seront baba ! et tu oses te plaindre, ingrate.
— Mais vous ne savez donc pas, que si au lieu d’un laïus sur l’Immortalité, sur nos Droits, on s’avise de me questionner sur la politesse, je suis collée !
— Faites comme moi, Victoire ; tout à l’heure j’avais le trac, je me suis remontée en pensant à l’ancêtre qui hurle, à la porte du lycée, notre devise d’aujourd’hui : De l’audace ! encore de l’audace ! toujours de l’audace !
Et d’un geste qui enroule ses magnifiques cheveux autour du cou, Madeleine ajoute avec candeur : J’en ai.
— A la bonne heure, fait Berthe qui salue jusqu’à terre.
Huit heures moins le quart sonnent à l’horloge ; quelques figures blêmissent dans les autres groupes, Racine, Molière, Sévigné.
On voit arriver très vite Mlle Frolière, le sympathique professeur de littérature, une blonde grassouillette, trente ans sonnés, la bouche gourmande, l’œil sensuel et câlin. Elle est la toquade de toutes ses élèves, qui s’arrachent des vieilles plumes, des vieux papiers, voire même des morceaux de pain qu’on se partage comme pain bénit. Tout Fénelon se précipite :
— Vite mes petites, que je vous redise une dernière fois votre Credo.
1o Littérature.