Quelle force harmonieuse dans ces corps d’adolescents qui lancent le disque ou la palestre !
Quelle grâce voluptueuse a ce jeune Bacchus qui sourit à la ronde furieuse des Bacchantes ; et les belles jeunes filles de Panathénées ; et le corps allongé, le corps juvénile de la déesse dont les hanches se gonflent ; et la mystérieuse nymphe couchée qu’aime Théophile Gauthier. Et l’esclave de Michel-Ange, quelle colère, quel désespoir, tend les muscles de ce corps enchaîné !
Je suis ivre ; cette promenade recueillie est pour moi la révélation subite de la beauté charnelle. Aussitôt revenue dans ma chambrette, j’ai rouvert mon Chénier, aux pages que j’aime ; j’ai relu les premiers sonnets des Trophées, et j’ai senti mon sang couler plus vite, mon sang brûler, aux fougueuses descriptions de l’amour des centaures, aux tendres appels des bergers.
2 décembre.
Est-ce que le Beau pourrait être l’étoile mystique ?
J’ai tant songé à ce que nous a dit Mlle Vormèse. La foi, je ne l’ai plus. Le stoïcisme est au-dessus de mes forces. Je ne puis rien mépriser de la vie ; j’aime tout ce qu’elle me donne, tout ce qu’elle me promet. Je suis attachée à tout ce que le stoïcisme méprise.
Mes sens me donnent de la joie : voir, sentir, respirer, n’est-ce pas déjà connaître le bonheur.
Puis une idée philosophique est une idée trop abstraite. Ma nature me porte vers le concret ; les images m’émeuvent beaucoup plus que les idées.
Je n’aime batailler que pour la poésie,… et pour l’art.
Quelle sera donc ma loi !