Je cherche.

5 décembre.

Il m’est arrivé une toute petite chose ce soir, en revenant à l’École ; je veux la noter ici pour le souvenir délicat que j’en garderai.

J’étais avec ma vieille cousine, nous passions boulevard Saint-Germain devant une fleuriste, elle s’arrête, achète des violettes. Je marchande une botte de mimosa, qui mettait des gouttes d’or dans l’ombre des feuillages durcis. Combien ? « Deux francs, c’est trop cher, Marguerite. »

Je repose la botte ; et ma cousine, qui ne comprend pas que pour avoir une fleur on fasse une folie, m’entraîne vers le tramway.

J’ai mis tout mon cœur dans le regard de regret que j’ai lancé sur les branches épanouies.

Nous partons. A vingt pas de là, un gosse courant derrière nous, crie : Mimosa ! Mademoiselle ! Mimosa ! et sans attendre, il me met dans la main les fleurs que j’avais désirées. C’étaient bien les mêmes.

— Combien petit ? fait ma cousine.

— Cinq sous, M’ame, répond le gosse crânement.

— Tu vois Marguerite qu’il est bon quelque fois d’attendre avant d’acheter, etc…