Le rire tremble sur toutes les lèvres, qui se crispent dans une grimace attendrie. Marie Christofla, très digne, se retire à l’anglaise sans avoir placé ses chansons de l’Ukraine ; les Sèvriennes ne s’en aperçoivent pas, empressées autour de la pauvre incomprise, qui soudain entendant sonner la cloche des cours, tend son verre à Didi.
— Il n’y a que ça qui ne trompe pas, mes p’tits, encore une goutte, une petite goutte.
— Oui, mademoiselle, la goutte de consolation.
CHAPITRE XIV
LA FÊTE DE L’ÉCOLE
Sèvres n’est plus la maison grave, où toute la vie se règle aux tintements des cloches. La joie court librement au bruit des talons qui sonnent, des portes qui claquent, des lumières qui courent, éclairant robes blanches et papillotes.
Les vieux couloirs, où persiste d’habitude l’âcre odeur de peinture rouge, embaument les eaux de toilette et le parfum subtil des visages poudrés.
Depuis un mois, les Sèvriennes chuchotent leurs projets, organisent un comité. Aux Scientifiques, les cotisations et le souci des vivres ; aux Littéraires, le soin du programme et du décor de la fête.
L’École elle-même, pour fêter l’anniversaire de sa fondation, offre aux élèves un festin de Balthazar : sur les bras d’une femme de chambre, un énorme saumon, passe de table en table, acclamé avec fureur avant d’être dépecé. Il y a encore dindonneaux et galettes.
Jusqu’au dernier moment, le programme de la fête est un mystère ; mais le bruit court qu’il y aura des projections électriques, et que des bombes glacées remplaceront, au souper, le traditionnel nougat.