L’École, ce jour-là, est un peu folle ; ces messieurs, indulgents, ferment les yeux sur le travail qu’on néglige ; Mlle Lonjarrey laisse courir, de droite et de gauche, les Sèvriennes très court vêtues ; il n’est pas jusqu’au jet d’eau qui ne dresse coquettement, sur l’eau engourdie, son plus joli panache !

Dès huit heures du soir, le réfectoire n’est plus qu’une magnifique salle des fêtes : partout des fleurs, des lumières ; de bec en bec, des guirlandes de lierre, des girandoles de papier rose piqué d’étoiles. Quelques paravents chinois simulent les coulisses d’une petite scène, et tout près du piano, sont étalés les lots pour la loterie des pauvres.

Par couples les élèves descendent, car l’usage veut qu’une Ancienne ait une Nouvelle à son bras, pour entrer dans la salle.

Adieu les robes fanées, les sarraux bleus, les cheveux en chien fou ; les Sèvriennes sont toutes en robes de bal, fleurs au corsage, un tantinet décolletées, pour fronder le règlement.

La transformation est surprenante ; elles se regardent les unes les autres, étonnées, charmées, comme les passants, le soir, s’arrêtent devant les petites boutiques inaperçues le jour, et qu’un rayon intérieur illumine et pare. Les moins bien arrangées sont encore charmantes.

On se presse, on se cherche, on s’appelle, on se déshabille du coin de l’œil. Derrière l’éventail, aux entrées sensationnelles, ce sont des oh ! des ah ! d’admiration un peu enfantine, mais sincère.

Marie Christopha est en satin rouge, des géraniums semés dans les cheveux, des bagues à tous les doigts. Renée Diolat étrenne une robe de crépon mauve, qui discrètement pare sa beauté blonde. Adrienne Chantilly est en tulle jaune, avec de lourdes broderies de jais ; Jeanne Viole en cachemire bleu, Victoire Nollet en gris, Angèle Bléraud en foulard vert, Hortense en rose de village, Berthe en blanc, Marguerite en velours noir.

Chacune grille de plaisir, en songeant au bal qui va suivre le concert. Et pourtant ce ne sera qu’un bal blanc ; par prudence, afin de ne pas tourner ces jeunes têtes, les professeurs mêmes ne sont pas invités. Le dépensier, seul, de loin, regarde la fête.

Adrienne, très en beauté, déplore de groupe en groupe, de ne pouvoir faire un vis-à-vis avec d’Aveline, et de connaître l’ivresse de la valse, au bras de Jérôme Pâtre et de M. Lepeintre, le nouveau professeur d’histoire.

Des programmes circulent, tous dessinés et peints à l’École, il y en a de charmants. On sait alors, que Myriam Levis sera la Muse dans la Nuit d’Octobre, et Sylvia dans le Passant. Renée sera la Vierge dans le Noël de Bouchor.