ANCIENNE
ÉGLISE SAINT-SAUVEUR
(AUJOURDʼHUI HALLE AU BLÉ)
AVANT LA DÉMOLITION DE SA FLÈCHE EN BOIS
S AINT-SAUVEUR est aujourdʼhui masqué, du côté de la place du même nom, par des maisons modernes. Le portail actuel, construit peu dʼannées avant la Révolution, a remplacé un charmant portail dont les voussures portaient des guirlandes de feuillages découpés à jour. « La forme particulière de lʼarcade du portail, dit Ducarel, qui a donné dans ses Antiquités un dessin de cette partie du monument, et le genre extraordinaire des ornements sculptés dans le fronton triangulaire qui le couronne, offrent une preuve évidente de son antiquité [43]. »
On voit encore, à lʼextérieur du monument, des contreforts du XVIe siècle, et, sur un des piliers du chœur, un médaillon représentant une figure à triple face. A l'intérieur, on remarque quelques clefs de voûte et, sur un des piliers de la tour, une sculpture représentant une figure de mendiant marchant sur les genoux. La nef fut bâtie dans le XIVe siècle; le chœur, commencé en 1530, fut achevé en 1546.
Dans la tour, couronnée aujourd'hui par un toit de beffroi à quatre pans triangulaires, se trouvent des ornements saxons et mauresques: zigzags guillochés et denticules. Cette partie de l'église semble appartenir au XIIIe siècle, à l'exception de quelques mètres de maçonnerie, qui ont été ajoutés en 1604 pour servir de base à une pyramide en ardoise. Malheureusement, en 1836, Saint-Sauveur a vu tomber sous le marteau des démolisseurs sa flèche en bois, qui a été regrettée de tous les gens de goût.
Comme nous l'indique notre gravure, qui n'est qu'une réduction d'une aquarelle exécutée, en 1832, par A. Lasne, cette pyramide en bois, couverte d'ardoise, était entourée à sa base par de petits clochetons, également couverts d'ardoise. Elle était assez élevée, élégante et d'un aspect très-pittoresque. De plus, elle avait, aux yeux des archéologues, une valeur toute particulière par sa rareté; car, dans l'arrondissement de Caen, si riche en clochers de pierre, cette flèche en charpente était le seul spécimen d'architecture religieuse de ce genre. Malgré toutes ces bonnes raisons, qui plaidaient pour sa conservation, la tour de l'ancien Saint-Sauveur fut solennellement condamnée à être décapitée, par une délibération du Conseil municipal du 27 août 1836.
« Considérant, disait l'arrêté ou plutôt le jugement, que les travaux proposés pour les réparations de l'ancienne église Saint-Sauveur, servant actuellement de halle à blé, assureront à cet édifice une longue durée; que toutefois la flèche du clocher, construite en bois et couverte en ardoises, n'étant pas un monument d'art et n'ayant d'ailleurs rien de remarquable, ne doit pas être conservée, puisque la réparation entraînerait une dépense de près de 6,000 fr., que dès lors cette flèche doit être démolie;
« Considérant que le produit de la vente des bois et autres matériaux devra être affecté aux réparations de la halle; que la vente doit avoir lieu aux enchères publiques, mais que les réparations de la halle, devant être exécutées dans d'anciens murs, doivent avoir lieu par économie;
« Ouï le rapport de la Commission des finances, le Conseil arrête: