LA PORTE-NEUVE
LA PORTE-NEUVE
DITE DES PRÉS
CONSTRUITE VERS 1590, DÉMOLIE EN 1798.
C OMME les villes ne sont que trop souvent flattées par les artistes et géomètres, qui se chargent dʼen dresser le plan ou dʼen reproduire des vues pittoresques, nous devons quelque reconnaissance au sieur de Belleforest pour nous avoir donné le vray Pourtraict de la ville de Caen en 1562. Cʼest en effet vers cette époque que Ch. de Bourgueville, sieur de Bras, lieutenant général du bailliage de Caen, communiqua au fameux compilateur les notes et le plan dont celui-ci se servit pour écrire la description de Caen, qui figure dans le premier tome de sa Cosmographie. En examinant lʼaspect général de ce plan, on voit que la ville était alors divisée en deux parties qui affectaient chacune la forme ovoïde: lʼancien Caen au nord; au sud, le vaste quartier de lʼîle St-Jean, ainsi nommé parce quʼil était complètement entouré, tant par le lit principal de lʼOrne, que par un de ses bras détourné en lʼannée 1104 sur lʼordre du duc Robert. Considérées dans leur ensemble, ces deux parties de la ville ressemblent à une mappemonde en deux hémisphères, dont le point de contact, ou, si lʼon veut, la charnière, serait représenté par les arches du pont St-Pierre, sur lequel sʼélevait lʼancien hôtel-de-ville.
Cette vue de Caen, à la fin du XVIe siècle, arrachait des cris dʼadmiration au patriotisme de M. de Bras, son vieil historien.
« Cette ville, dit-il dans ses Recherches et antiquitez de la ville de Caen [56], au jugement de chascun qui la voit et la contemple, est lʼune des plus belles, spacieuse, plaisante et délectable que lʼon puisse regarder, soit en situation, structure de murailles, de temples, tours, pyramides, bastiments, hauts pavillons et édifices, grandes et larges rues..... » Cette nouvelle merveille du monde avait cependant – que les mânes du vénérable historien nous pardonnent – un défaut capital dans son système de fortifications. Le Pré de lʼIsle et les Petits-Prez, situés entre lʼOdon et le bras détourné de lʼOrne, et qui formaient une sorte de triangle, dont le sommet touchait au pont St-Pierre, tandis que leur base sʼappuyait aux grandes prairies, avaient lʼinconvénient de sʼenfoncer comme un coin jusquʼau cœur de la place. Maître de cette position, lʼennemi devait bientôt lʼêtre de la ville.
Les Anglais se chargèrent, en 1417, dʼen faire la preuve lamentable. Le jour de lʼassaut général, leur premier soin fut de sʼemparer du Pré de lʼIsle pour sʼinterposer entre les deux parties de la ville. Malgré la résistance acharnée des habitants, Henri V ne tarda pas à forcer le rempart des Jacobins et à rejoindre son frère, le duc de Clarence, qui était entré par escalade dans lʼîle St-Jean, du côté des quais. Se jeter de là, par le pont St-Pierre, dans lʼintérieur de lʼancienne ville et sʼen emparer, ce nʼétait plus et ce ne fut, en effet, que lʼaffaire de quelques heures de combats sanglants.