« Sur ce que Michel Coquerel, fondeur de cloches, qui a fait alleu de refondre et raccommoder les tinterelles faites pour les demies et quarts de lʼhorloge, a dit quʼil est besoin lui fournir trois ou quatre cents livres de métal, pour ce quʼil fait une petite cloche plus quʼil nʼy en avait. Il a été arrêté que du nombre dʼune pièce de canon, qui fut cassée lors de lʼarrivée du sr maréchal dʼAncre en cette ville, il en sera pris trois ou quatre cents livres, et soixante livres dʼétain, qui sera acheté, pour rendre la besogne parfaite, etc. »

Ainsi, vingt-sept ans seulement après les travaux exécutés par lʼhorloger Poitevin, on était obligé de remplacer les tinterelles quʼil avait posées en 1597. Si les pièces de lʼhorloge sʼusaient en si peu de temps, il est présumable quʼil ne devait rester que bien peu de chose de lʼhorloge primitive lorsquʼon ordonna la démolition du beffroi en 1755.

Bien quʼelle eût été pour ainsi dire complètement remplacée, par suite de réparations fréquentes, la vieille machine ainsi renouvelée avait conservé tout son prestige aux yeux de certains esprits, qui ont le goût et le respect des choses dʼautrefois. Voici par exemple un contemporain, lʼavocat Mauger, qui nous a fait parvenir, dans une note manuscrite, comme un écho de son indignation: « Le misérable carillon de lʼhorloge, dit-il [16], chanta pour la dernière fois le Regina cœli le 15 mai 1755, à six heures du matin, et le quart avant sept heures. Cette horloge a duré 441 ans en état de servir; et lʼédifice, qui est sur le pont, va aussi être démoli, au grand regret de toute la ville.

Épitaphe de lʼhorloge:

CY GIST QUI PAR SON SERVICE

MÉRITOIT UN MEILLEUR SORT.

CʼEN EST FAIT; VICTIME DU CAPRICE

DARNETAL NE VIT PLUS, IL EST MORT!

JUIN 1755. »

On avait cependant conservé le bronze qui servait de timbre pour lʼhorloge et de cloche communale. Cette cloche avait mêlé sa voix au bruit des événements heureux ou malheureux qui, durant quatre siècles et demi, avaient agité la ville. Si nous avions son histoire, nous aurions en même temps celle de Caen; mais il nous reste là-dessus peu de documents. En voici un, toutefois, qui ne manque pas dʼintérêt.