Une crise domestique.
Lorsque le patriote fut sorti, le proscrit ferma la porte à double tour et s'arrêta quelques instants comme un homme accablé sous le poids de pénibles pensées.
Puis il doubla le pas, traversa rapidement le jardin, entra dans la cour, monta l'escalier et frappa à la porte de M. de Louvigny.
— Entrez, dit une voix de jeune fille.
— Ah ! pensa l'abbé avec douleur, mademoiselle Marguerite est avec son père.
Néanmoins il entra chez le marquis. M. de Louvigny tenait sa fille sur ses genoux. Tout en écoutant l'innocent bavardage de Marguerite, il jonglait avec les boucles soyeuses de ses cheveux, qu'il se plaisait à faire sauter dans sa main.
— Eh bien ! cher abbé, dit le marquis avec son aimable sourire, est-ce qu'il faut tant de précautions pour entrer chez ses amis ?
— Je vous croyais au travail et je craignais de vous déranger, répondit le jeune prêtre en faisant de grands efforts pour cacher son émotion.
— Il est neuf heures du soir, observa M. de Louvigny, et vous n'ignorez pas que c'est à partir de ce moment que je consens à perdre mon temps.
— C'est joli ce que vous dites-là, mon père ! s'écria Marguerite en quittant les genoux du marquis.