— Moi, dit-il, qui me croyais si bien en sûreté dans cette petite ville !
A cet instant la porte s'ouvrit. Marguerite entra avec le vieux domestique, qui tenait sous son bras le grand livre de dépense.
— Mes amis, dit le marquis aux nouveaux venus, nous allons partir cette nuit même. Que chacun prépare ses malles. Demain nous faisons voile pour l'Angleterre.
— Ah ! fit Marguerite en sautant au cou de son père, je savais bien que vous me cachiez la vérité. Un danger vous menace ?
— Il faut bien te l'avouer, répondit M. de Louvigny : nous sommes dénoncés.
Et, s'adressant au vieux domestique qui paraissait attéré :
— Voyons ! Dominique, ajouta-t-il, il doit te rester encore quelque argent ?
— Hélas ! dit le vieux serviteur, nous avons tout dépensé le jour de la fête de mademoiselle. Monsieur le marquis peut vérifier les comptes. Voici le registre.
— C'est inutile, répondit M. de Louvigny en repoussant le livre que lui présentait le domestique. Je m'en rapporte bien à toi. C'est un espoir de moins... Voilà tout !
Sans une parole de reproches, sans un geste d'impatience, sans un mouvement de dépit, le marquis s'approcha avec calme de son secrétaire, dont il ouvrit les tiroirs les uns après les autres.