— Quoi ! demanda Barbare, lorsqu'il eut retrouvé la parole, vous avez tout vu ?

— Tout ! répondit Dominique d'une voix tremblante, et j'en frémis encore !... S'il vous était arrivé malheur, je ne m'en serais jamais consolé... car je venais vous prier de ne pas risquer votre vie, et je ne me suis pas assez hâté...

— Est-ce que ?...

— Ne me questionnez pas ! dit le vieux domestique. Puisque vous avez échappé au danger, ma conscience est en repos. Ne me demandez rien de plus... Il faut que je vous quitte. Prenez cette lettre, et jurez-moi de ne l'ouvrir que dans deux heures.

— Je le jure ! dit Barbare en saisissant le billet... Mais, je ne vous le cacherai pas, ce que vous faites-là me trouble profondément. Je suis plus ému qu'au moment où je me suis senti rouler dans le vide !... Ne me cachez-vous point quelque malheur ?

— Ne me questionnez pas, répéta Dominique en détournant la tête, et laissez-moi partir.

Il serra une dernière fois la main du jeune homme, et il se perdit dans la foule sans oser regarder derrière lui.

— Sa main était couverte d'une sueur froide ! se dit Barbare en le suivant des yeux. Mon Dieu ! que s'est-il donc passé ?

Cependant la foule ne le laissa pas longtemps aux prises avec cette cruelle incertitude. Le triomphe était prêt !

Lorsque Barbare put échapper à ses admirateurs, il se hâta de sortir de la ville et se dirigea, en attendant que le délai fatal fût expiré, vers la maison isolée qui renfermait toutes ses espérances. Tout à coup il s'arrêta au milieu de la route. Quatre heures venaient de sonner au beffroi du temple de la Raison. C'était le signal !