Barbare brisa fiévreusement le cachet de la lettre.

Et il lut ce qui suit :

« Monsieur,
« Mon bon Dominique, un serviteur dans lequel j'ai la plus grande confiance, m'a dit ce que vous vouliez faire pour nous. Je ne trouve pas de mots pour vous exprimer ma reconnaissance. Secourir des proscrits, par cette seule raison qu'on les sait malheureux, voilà une pensée admirable, un dévouement qui ne peut partir que d'un grand coeur ! Pardonnez-moi, si je viens vous supplier aujourd'hui de ne rien tenter pour nous. Grâce à Dieu ! nous avons reçu un secours inespéré ! Un des amis de mon père lui a envoyé la somme dont nous avions besoin pour passer à l'étranger. Je sais qu'il n'est pas de plus grand supplice, pour une âme généreuse, que de perdre une occasion de se dévouer. Aussi je vous prie encore de me pardonner ! S'il est possible de trouver une compensation au mal que je vais vous faire, gardez la petite croix que vous avez ramassée à mes pieds. Un orfèvre en ferait peu de cas peut-être ; mais, à mes yeux, elle a une valeur inestimable, car elle me fut donnée par mon frère.
« MARGUERITE DE LOUVIGNY. »

Barbare lut cette lettre tout d'un trait, comme un homme décidé à mourir boit avidement le poison qui doit abréger ses tourments. Il porta instinctivement la main à son coeur, poussa un cri et leva les yeux au ciel, comme pour se plaindre à lui de ses angoisses.

Cependant le jeune homme eut encore une lueur d'espérance. Il courut vers la maison où demeurait Marguerite. Il écouta à la porte. Comme il n'entendait aucun bruit, il s'approcha du mur du jardin qu'il franchit sans peine, sauta par dessus les plates-bandes, entra dans la cour, monta l'escalier et parcourut toutes les chambres, dont on avait laissé les portes toutes grandes ouvertes.

— Ah ! fit-il en tombant sur un fauteuil, j'étais fou d'espérer encore !... Ils sont partis !... Je ne reverrai plus Marguerite !

Alors il laissa tomber sa tête dans ses mains et pleura jusqu'au soir.


Huit mois plus tard, pendant cette merveilleuse campagne qui permit à quatre armées de la République de se donner la main depuis Bâle jusqu'à la mer, en suivant la ligne du Rhin, et qui se termina par la conquête inespérée de la Hollande, l'armée de la Moselle, attaquée à l'improviste par les Prussiens, perdit quatre mille hommes près du village de Kayserslautern.

Le soir de ce combat désastreux, lorsque les soldats républicains se mirent en devoir d'enterrer leurs morts, deux d'entre eux furent très-étonnés, en dépouillant un de leurs frères d'armes, de trouver sur sa poitrine une petite croix en or.