Il leur parut si étrange qu'un soldat de la République gardât sur lui un pareil signe, qu'ils en firent part à leurs chefs. Une enquête fut ouverte, et, toute vérification faite, il fut constaté que le mort s'appelait Fournier, mais qu'il était plus connu dans son régiment sous le nom de guerre de Barbare.
MICHEL CABIEU
I
Dans la nuit du 12 au 13 juillet, peu de temps avant la signature du traité de Paris qui mit fin à la guerre de sept ans, une escadre anglaise, en croisière dans la Manche, débarqua trois détachements d'environ cinquante hommes chacun à l'embouchure de la rivière d'Orne. Ces troupes avaient l'ordre d'enclouer les pièces des batteries de Sallenelles, d'Ouistreham et de Colleville. Si l'expédition réussissait, l'ennemi brûlait, le lendemain, les bateaux mouillés dans la rivière, remontait l'Orne jusqu'à Caen, assiégeait la ville et s'ouvrait un chemin à travers la Normandie.
L'audace d'un homme de coeur fit échouer le projet des Anglais et sauva le pays.
Voici le fait dans toute sa grandeur, dans toute sa simplicité.
A cette époque, Michel Cabieu, sergent garde-côte, habitait une petite maison située à l'extrémité nord d'Ouistreham. Dans son isolement, cette maison ressemblait à une sentinelle avancée qui aurait eu pour consigne de préserver le village de toute surprise nocturne. Ses fenêtres s'ouvraient sur les dunes et sur la mer. En plein jour, pas un homme ne passait sur le sable, pas une voile ne se montrait à l'horizon, sans qu'on les aperçût de l'intérieur de la chaumière.