Elle se pencha et regarda dans la nuit. Mais elle ne put rien apercevoir sur les dunes. A peine distinguait-on, sur ce fond obscur, l'ombre plus noire des buissons de tamaris agités par le vent. Au-dessus des dunes, une bande moins sombre laissait deviner le ciel. La femme de Cabieu crut même apercevoir une étoile. Puis l'astre se dédoubla. Les deux lumières s'écartèrent et se rapprochèrent, pour se rejoindre encore.

— Ce ne sont pas des étoiles ! se dit la mère avec épouvante. Ce sont des feux de l'escadre anglaise. Ils nous préparent quelque méchant tour.

Tandis qu'elle faisait ces réflexions, le chien se mit à aboyer avec fureur.

La femme du garde regarda de nouveau devant elle. Il lui sembla voir remuer quelque chose sur le haut de la dune.

— C'est l'ennemi ! dit-elle en pâlissant.

Elle courut auprès du lit et réveilla son mari.

— Michel ! Michel ! cria-t-elle d'une voix tremblante, les Anglais !

— Les Anglais ! répéta le sergent en écartant brusquement les couvertures. Tu as le cauchemar !

— Non. Ils sont débarqués. Je les ai vus. Ils vont venir. Nous sommes perdus !

— Nous le verrons bien ! dit Cabieu en sautant dans la chambre.