Le jeune homme s'arrêta, haletant, à bout de forces, épuisé par l'émotion. Son regard lançait des éclairs de fureur, et les passions grondaient sourdement dans sa poitrine. Marie le considérait avec un sentiment de pitié et d'effroi.

— Est-ce encore moi, dit-elle, qui vous inspire ces paroles de haine et d'orgueil ?

— Ne me faites pas de reproches, répondit François. Je suis si malheureux !

— Pourquoi vous décourager ? Qui vous dit que Dieu ne viendra pas à votre secours ? Vous êtes malheureux ? Est-ce que je ne vous aime plus ? Les hommes vous dédaignent ?... Est-ce que mon père ne songe pas à vous ? Croyez-vous qu'il n'apprécie pas votre talent ?

— Vous aurait-il parlé de moi ? s'écria François, en interrogeant avidement la jeune fille de la voix et du regard.

— Vous savez, répondit Marie, que mon père commence à vieillir. Le travail le fatigue. Il sentira le besoin d'un aide jeune, intelligent...

— Mais je travaillerais sous ses ordres, reprit François. Je ne serais pas son égal ; il aurait le droit de me mépriser. Il me refuserait votre main !

— C'est le démon qui vous fait parler aussi méchamment, François. Prenez garde ! Vous avez de bonnes inspirations, mais l'orgueil vous perdra. Rappelez-vous l'histoire de Hugues. Il avait du génie, et l'ambition le conduisit à l'abîme. L'esprit du Seigneur l'abandonna ; il dépouilla l'habit monacal pour se jeter dans une vie de désordre. Dieu, pour le punir, lui envoya une maladie mortelle...

— Vous avez raison, Marie. Mais vous oubliez que la Vierge lui apparut au sommet de la croix. Le globe d'azur qui la dérobait aux regards s'ouvrit merveilleusement en deux parties, et, dans le milieu, on vit la Reine du Ciel sous des vêtements fins et ineffables. La mère de Dieu descendit le long de la croix en semant des étoiles sur sa route. Elle s'assit près du pécheur et lui rendit la santé... Vous êtes pour moi cette bienheureuse apparition. Vous avez fait briller l'espérance à mes yeux... Et avec l'espérance, le calme et le repentir sont entrés dans mon coeur.

En achevant ces mots, François se jeta aux genoux de Marie et demeura dans une muette contemplation. Quand il se releva, son visage était rayonnant. Mais, tout à coup, il poussa un cri de surprise et recula de plusieurs pas, jusqu'au bord du ruisseau.