Je passe les détails : seaux, lampes, robinets, manivelles, instruments accessoires accrochés aux côtés et au-dessous des voitures. L’officier nous fait remarquer que les harnais sont suspendus au plafond par de petites cordes. Deux des chevaux doivent traîner la pompe, le troisième la manche à incendie. Tout ce matériel est si bien fourbi, poli, astiqué, qu’on pourrait l’envoyer tel quel à une exposition de carrosserie. Un homme de garde, en tenue correcte, se promène sous la remise. Sauf le brillant et la propreté excessive des moindres objets, nous ne voyons jusque-là rien d’extraordinaire.
Le capitaine de pompiers nous conduit auprès d’un petit tableau encadré, où sont inscrits les noms de tous les blocks ou pâtés de maisons de la ville de New-York ; à côté du tableau est une sonnerie électrique avec deux timbres, un grand et un petit. Cela sert à donner le signal d’alarme et à indiquer, par une combinaison de coups simples et de coups doubles, un numéro d’ordre correspondant à l’endroit où un incendie vient de se déclarer.
— Tout cela est très bien ordonné, dis-je à l’officier ; et combien de temps faut-il pour que vos hommes soient prêts, la pompe attelée et en route ?
— Environ quinze secondes, monsieur.
J’avais bien entendu : quinze secondes, mais je pensai qu’il avait voulu dire quinze minutes. Je répétai ma question.
— Oui, monsieur, quinze secondes, sauf accident, mais c’est rare.
— Vos hommes sont habillés, sans doute ?
— Non, monsieur, ils sont couchés et déshabillés, et ils dorment. Voulez-vous voir ?
Nous montons au premier, et nous arrivons dans un dortoir fort propre où huit hommes dorment à poings fermés ; leurs habits sont disposés uniformément sur le plancher au pied de leur lit. Le capitaine nous montre comment cet équipement est arrangé : les bottes sont fixées à la culotte, qui est fixée elle-même à la veste. Il s’approche de l’un des lits et touche le dormeur à l’épaule : « Smith ! » le pompier ouvre les yeux, jette draps et couvertures, tombe les deux pieds dans ses bottes, passe les manches de sa veste, boutonne d’une main agile les huit boutons réglementaires. En moins de temps qu’il ne faut, non pour le dire, mais pour l’imaginer, il était prêt.
— Et les chevaux ?