Ce que nous appelons balcon et galerie n’existe pas, ou plutôt n’existe qu’au rez-de-chaussée, faisant une ceinture au pourtour de l’orchestre. Les dégagements sont commodes, suffisamment larges ; on peut quitter et regagner sa place sans obliger ses voisins à monter sur leur siège pour vous livrer passage.
S’habille-t-on pour aller au théâtre à Rio ? Je ne saurais le dire. Les hommes n’ont assurément pas, comme chez nous, le culte de la cravate blanche. Quant aux toilettes, j’en ai peu remarqué de vraiment élégantes ; beaucoup de fleurs, quelques diamants, mais peu de robes. Pas autant de mauvais goût que je pensais en trouver.
L’interprétation de l’œuvre de Gounod, comme chant et comme mise en scène, était un peu au-dessous du médiocre ; ce fut du moins mon impression ; mais remarquez que c’est un Parisien qui parle, et M. Halanzier pourra vous dire que les Parisiens sont très difficiles.
Pendant que nous nous laissions aller à l’enivrement de ces plaisirs mondains, le Theatro Phenix Dramatico donnait sa 93e représentation de Os Sinos de Corneville, et le Theatro Cassino réjouissait un public plus littéraire avec O afamado drama O Correio de Lyaô.
Inutile de traduire, n’est-ce pas ?
Le même jour, une dépêche annonçant la mort de la reine Marie-Christine, sœur aînée de l’impératrice du Brésil, était arrivée à Rio. La cour avait immédiatement pris le deuil, et la nouvelle s’était très vite répandue dans la population, qui a conservé beaucoup de respect et d’estime pour l’empereur et la famille impériale.
La première conséquence de cet événement fut de suspendre les audiences et les réceptions. Le ministre de France, M. Noël, avait informé notre commandant qu’il se mettait à sa disposition pour le présenter à l’empereur, ainsi que les membres de l’expédition qui lui en exprimeraient le désir ; mais le deuil de la cour, le départ prochain de Sa Majesté pour la campagne paraissaient rendre ce projet irréalisable.
Cependant, le 7 septembre, à la veille de quitter Rio, l’empereur ayant consenti à recevoir les hommages des chefs de service et des officiers de la garnison, la présentation put avoir lieu. J’avais disposé de mon temps pour ce jour-là, de sorte que je ne pus y assister. J’emprunte donc au journal de M. de Saint-Clair, secrétaire de l’expédition, le récit de cette entrevue.
« Je suis devenu aujourd’hui, — écrit notre aimable compagnon, — le courtisan malgré lui, et j’ai été présenté à l’un des plus puissants souverains du monde, dans des conditions déplorables pour mon amour-propre.