— Très bien. Mais, dites-moi, si ce n’est trop indiscret, pourquoi ce matériel n’est-il pas embarqué depuis plusieurs jours ?
— Je vous expliquerai cela plus tard… Je n’ai pas une minute. Excusez-moi si je vous quitte si brusquement… Ah ! à propos, nous dînons à six heures. Vous avez encore une heure à vous.
— Nous dînons… où cela ? ici ?
— Sans doute.
— Mais les assiettes ne sont pas encore embarquées !
— Elles le seront. Mille excuses. A tout à l’heure.
A six heures… et quelques minutes, le dîner était servi. Nous pûmes constater avec satisfaction que le cuisinier méritait notre estime. C’est là un point fort important à bord d’un navire ; je me suis laissé raconter maintes fois par des officiers de marine que « mauvaise gamelle est mère de mauvaise humeur ». Voilà un écueil qui me paraît évité, et si ce n’est le plus dangereux, c’était peut-être celui qu’on avait le plus de chance de rencontrer.
J’eus, pendant le repas, l’explication de cet indescriptible désordre qui me paraissait compromettre les bonnes conditions du départ.
Voici ce qui s’était passé :
Vous comprenez bien qu’on n’installe pas en vingt-quatre heures un bateau qui va faire une campagne d’un an autour du monde ; aussi, du jour où la Société des voyages fut d’accord avec les armateurs pour l’affrétement, supposa-t-elle que ceux-ci allaient pousser les travaux d’installation avec la plus grande rapidité. Ils furent, au contraire, conduits si lentement, que, le 29 juillet (on aurait dû être déjà parti), le bruit courait que la Junon serait prête probablement vers le 10 août.