A sept heures, un léger balancement nous indiquait l’approche de l’Océan. Nous entrions dans le golfe de Peñas.

A minuit, nous étions en pleine mer.

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Adieu, parages désolés, si pleins de charme, de poésie, d’imprévu ! rochers fantastiques, superbes glaciers, nature étrange et sauvage, au sein de laquelle nous avons tant vécu en si peu de temps !

Au milieu de ces solitudes, sous l’impression des beautés majestueuses de tout ce qui nous entourait, comprenant la réalité des dangers qu’une erreur de coup d’œil, une négligence, un ordre mal compris pouvaient nous faire courir, nous avons senti pour la première fois le lien qui nous unissait les uns aux autres ; nous avons mis en commun nos surprises, nos admirations, nos enthousiasmes, et nous emportons tous de cette magnifique traversée des souvenirs à jamais ineffaçables.

AU CHILI
VALPARAISO ET SANTIAGO

La baie de Valparaiso. — L’île de Robinson. — Opinion d’un homme sérieux sur les Chiliennes. — La Samacoueca. — Tremblement de terre. — En route pour Santiago. — Physionomie de la capitale. — La ville et les monuments. — Triste souvenir. — Santa-Lucia. — La Quinta normal. — Soirée chez le ministre de France. — Des bâtons dans les roues. — Le môle de Valparaiso. — Situation générale du pays. — La question patagonienne.

En mer, 26 octobre.

La baie de Valparaiso apparut à notre droite le 13. Elle a la forme d’un demi-cercle ouvert au nord, bordée de cerros ou collines assez élevées, nues, rougeâtres et d’un aspect triste. Le pied de ces collines est très voisin de la mer, et la ville, après s’être installée sur une longue ligne au bord de la plage, a dû, pour s’étendre, les escalader en partie. Dans les gorges, on aperçoit bien çà et là quelques bouquets de verdure ; mais rien cependant ne nous a paru, au premier coup d’œil, justifier le nom charmant de « Vallée du Paradis », donné au premier port de la république du Chili.

Un grand nombre de navires de commerce sont mouillés en rade, parmi lesquels nous reconnaissons deux baleiniers américains, récemment arrivés du cap Horn, à leur petite cabane-observatoire juchée dans la hune de misaine. Nous passons près de trois frégates cuirassées anglaises, d’un navire de guerre américain et de deux grands blindés chiliens, dont l’un porte le nom, célèbre au Chili, de l’amiral Cochrane. Des barques évoluent sur les eaux calmes. Le port paraît fort animé, et c’est avec une vive impatience que nous attendons la visite de la santé, qui va enfin nous rendre à la terre, à la vie !