— Mais, à ce compte-là, vous avez vu aussi, je crois, le Brésil et la Plata ?
— Oui, c’est vrai. Moi, voyez-vous, dans ce voyage, il n’y a guère que les îles Fiji qui m’intéressent véritablement. Vous n’y êtes pas allé ?
Je regardai M. de R…; il était sérieux.
— Non ! je ne suis pas allé aux îles Fiji.
— Eh bien ! je tiens beaucoup à les voir. C’est un point fort intéressant… Je vous prie de dire à M. Biard de ne pas m’attendre, mais de garder cependant ma cabine. Du reste, je verrai sans doute demain M. de Chabannes, le directeur de la Société, qui est ici, et je lui ferai savoir où je compte rejoindre la Junon. Ce sera sans doute à Buenos-Ayres.
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A onze heures du soir, la Junon largue ses amarres du vieux port et se dégage doucement des navires environnants. Une foule nombreuse, attirée par les feux multicolores d’une triple rangée de lanternes vénitiennes dont nous avons joyeusement enguirlandé le gaillard d’arrière, mous envoie de sympathiques adieux.
L’hélice commence ses évolutions, et dans la nuit sombre nous franchissons la passe de la Canebière. Là quelques derniers « Bon voyage ! » nous sont encore jetés par des amis inconnus, juchés sur les rochers des forts Saint-Jean et Saint-Nicolas, et que nous entrevoyons à peine à la lueur rougeâtre de falots vacillants. « Merci ! Au revoir ! » Nous entrons dans la rade, et bientôt le fracas de la chaîne entraînée par le poids de l’ancre nous annonce que la Junon s’est arrêtée.
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Me voici dans cette cabine où j’ai été conduit il y a quelques heures. Il faisait alors grand jour ; j’étais entouré de gens qui sont maintenant paisiblement chez eux et qui demain, à pareille heure, y seront encore ; je n’avais que quelques pas à faire pour fouler le sol de mon cher pays ; je voyais des rues, des maisons, des passants ; je vivais de la vie de tout le monde.