Bénédict Masson s'assit sur un escabeau et, la tête basse, sombre et taciturne, cessant de le regarder, il répondit:
—Oui!
—Faudrait-il que je disparaisse, moi aussi?... émit hardiment le garde.
Mais il se tut, car il n'avait pas achevé sa phrase que l'autre avait relevé la tête et le brûlait de son regard de feu. Puis cette flamme finit par s'éteindre... la tête retomba sur la poitrine et Bénédict reprit d'une voix sourde:
—Je sais ce que vous racontez partout! Faut vous taire, père Violette! Moi, j'en ai assez!... Eh bien oui, elles sont parties!... je ne peux pas garder une ouvrière!... je ne peux garder personne auprès de moi... je fais peur à tout le monde!... Tout à l'heure, j'ai fait peur à Madame!... ah! laissez-moi parler, madame!... je suis si content de m'expliquer devant vous!... Vous ferez peut-être entendre au père Violette qu'il faut qu'il tienne sa langue... Ma vie n'a rien de mystérieux... Je n'ai jamais fait de mal à personne!... On n'a qu'à me regarder pour comprendre que je n'ai pas besoin de leur faire du mal pour qu'elles fichent le camp!... Je ne suis pas venu ici pour faire le malin, je suis venu ici pour dire au père Violette: «J'en ai une, en ce moment, une enfant, une petite nièce, une orpheline que j'ai recueillie et que je ne dégoûte pas trop!... et qui veut bien me servir de bonne... qui a été malheureuse, toute petite et qui m'est reconnaissante de ce que je peux faire pour elle... eh bien! père Violette, faut pas la dégoûter de moi!...
—Mais ça ne me regarde pas, moi, tout ça!... grogna le garde.
La cabaretière avait glissé un verre devant Bénédict Masson.
—Monsieur a raison, déclara-t-elle, en vidant le reste du pot dans le verre... Il n'y a pas de bon sens à vivre comme ça sur la même terre en se faisant la mine... Trinquez et serrez-vous la main et qu'il ne soit plus question de rien!
Mais le père Violette, têtu, répétait encore:
—Tout ça, ça ne me regarde pas... tout ça, ça ne me regarde pas!