—Je sais! je sais! fit-elle avec un bon rire heureux. Mais approchez-vous donc de moi, comme lorsque vous étiez tout petit. Donnez-moi vos mains comme lorsque vous me rapportiez l'histoire de la petite Lotte que vous avait contée le père Daaé. Je vous aime bien, vous savez, monsieur Raoul. Et Christine aussi vous aime bien!

—... Elle m'aime bien... soupira le jeune homme, qui rassemblait difficilement sa pensée autour du génie de la maman Valérius, de l'ange dont lui avait parlé si étrangement Christine, de la tête de mort qu'il avait entrevue dans une sorte de cauchemar sur les marches du maître-autel de Perros et aussi du fantôme de l'Opéra, dont la renommée était venue jusqu'à son oreille, un soir qu'il s'était attardé sur le plateau, à deux pas d'un groupe de machinistes qui rappelaient la description cadavérique qu'en avait faite avant sa mystérieuse fin le pendu Joseph Buquet...

Il demanda à voix basse:

—Qu'est-ce qui vous fait croire, madame, que Christine m'aime bien?

—Elle me parlait de vous tous les jours!

—Vraiment?... Et qu'est-ce qu'elle vous disait?...

—Elle m'a dit que vous lui aviez fait une déclaration?...

Et la bonne vieille se prit à rire avec éclat, en montrant toutes ses dents, qu'elle avait jalousement conservées. Raoul se leva, le rouge au front, souffrant atrocement.

—Eh bien! où allez-vous?... Voulez-vous bien vous asseoir?... Vous croyez que vous allez me quitter comme ça?... Vous êtes fâché parce que j'ai ri, je vous en demande pardon... Après tout, ce n'est point de votre faute, ce qui est arrivé... Vous ne saviez pas... Vous êtes jeune... et vous croyiez que Christine était libre...

—Christine est fiancée? demanda d'une voix étranglée le malheureux Raoul.