«N'aurai-je jamais le bonheur de m'entretenir avec vous? N'irai-je jamais à Plombières? Pourquoi Tronchin ne m'ordonne-t-il pas les eaux? Pourquoi ma retraite est-elle si loin de votre gouvernement quand mon cœur en est si près?...»
Le projet de revenir en Lorraine et de reparaître à cette cour de Lunéville, dont il avait été autrefois l'idole, hantait toujours Voltaire. Depuis ses mésaventures avec Frédéric et le refus très net qu'il s'était attiré de Mme de Pompadour lorsqu'il avait voulu rentrer à Paris, le philosophe n'avait jamais complètement abandonné l'espoir de retrouver un asile auprès de Stanislas.
Certes, à l'entendre, il était le plus heureux des hommes dans ses douces retraites librement choisies sur les rives du Léman, mais Montrion, les Délices n'étaient que des abris précaires, et il le savait bien. Combien de temps l'y laisserait-on en repos? Combien de temps ces pasteurs, aussi intolérants en vérité que les jésuites, supporteraient-ils sa présence?
S'il habitait la Lorraine, au contraire, c'était vivre sous la protection de Stanislas, c'était le repos assuré, la sécurité certaine. N'en avait-il pas fait déjà l'heureuse expérience? C'était par-dessus tout s'ouvrir une porte pour rentrer en France, objet de ses plus ardents désirs.
Après avoir assez timidement tâté le terrain à plusieurs reprises, sans succès du reste comme nous l'avons vu, le philosophe se décida en 1758 à faire une démarche officielle auprès de Stanislas, mais sans aborder de front la question qui lui tenait au cœur. Il écrivit fort habilement au monarque, qu'il avait 500.000 francs à placer et que son rêve le plus cher était d'acheter une terre en Lorraine pour mourir dans le voisinage de «son Marc-Aurèle».
Malgré de précédents et cruels déboires, il ne craignait pas de mendier encore une fois l'appui du Père de Menoux, en jouant la comédie de la religion et en lui disant toute l'horreur qu'il éprouvait à la pensée qu'il pourrait mourir en terre huguenote: «Mon âge et les sentiments de religion qui n'abandonnent jamais un homme élevé chez vous, lui écrivait-il hypocritement, me persuadent que je ne dois pas mourir sur les bords du lac de Genève.»
Le projet de Voltaire était des plus sérieux; il avait même commencé des pourparlers de plusieurs côtés. On lui offrait deux terres en Lorraine, l'une celle de Fontenoy, l'autre celle de Craon; il ne savait trop pour laquelle se décider. A ce moment même il reçut une lettre de son ancien rival Saint-Lambert qui résidait alors à Commercy, auprès de Stanislas. Quelle meilleure occasion pour le philosophe de se renseigner sur les terres qu'on lui propose et en même temps d'être fixé sur les intentions de la Cour?
Voltaire se trouvait en séjour chez l'Électeur palatin; c'est de là qu'il écrit à Saint-Lambert:
«9 juillet 1758.
«Mon cher Tibulle, votre lettre a ragaillardi le vieux Lucrèce.