Après bien des désaccords et des souffrances d'amour-propre péniblement dissimulées, le roi avait fini par rendre justice aux grands talents de son chancelier et il entretenait maintenant avec lui d'agréables rapports. Il lui avait même fait cadeau de la terre de Neuviller, près de Nancy, et il allait très souvent lui demander à dîner.

Cependant l'administration de M. de la Galaizière était dure et le peuple gémissait sous le poids des impôts; mais depuis que la noblesse se taisait, personne n'osait élever la voix.

De nouvelles difficultés s'élevèrent en 1756 et elles se prolongèrent jusqu'en 1759, avec des alternatives de violence et de calme qui troublèrent grandement la quiétude du roi. L'existence en fut à ce point bouleversée que Mme de Boufflers entrevit le moment où il lui faudrait quitter sa chère Lorraine pour aller habiter Meudon ou Saint-Germain avec le vieux monarque.

Cette fois, c'était la Cour Souveraine de Nancy qui se chargeait de reprendre la lutte contre le chancelier et de soutenir les intérêts du peuple. Les magistrats avaient l'avantage sur les gentilshommes de ne pouvoir être soupçonnés de se laisser guider par des intérêts personnels ou de caste.

Les sujets de légitime protestation ne manquaient pas. Tantôt les magistrats défendaient la liberté de conscience, violée par la scandaleuse obligation imposée aux malades de s'adresser à un confesseur qu'ils n'avaient pas choisi; tantôt ils s'insurgeaient contre les procédés violents de la maréchaussée, tantôt contre les impôts excessifs et les corvées insupportables qui ruinaient le pays, etc., etc.

Naturellement la population soutenait de toute sa force les magistrats et elle ne leur ménageait ni les encouragements ni les acclamations.

En 1757, parurent deux brochures attaquant violemment l'administration. Un arrêt du Conseil du roi les supprima et Stanislas envoya cet arrêt à la Cour Souveraine avec ordre de l'enregistrer. Mais la Cour s'y refusa; elle se borna à désigner un conseiller pour instruire l'affaire et donner des conclusions sur ces libelles.

Ce refus irrita Stanislas au plus haut point. Ce ne fut qu'après de longues démarches que la Cour consentit à céder.

Une autre affaire beaucoup plus grave allait soulever de nouvelles réclamations.

Sur la demande de La Galaizière, le roi consentit à modifier les maréchaussées qui existaient en Lorraine et à les mettre sur le même pied que celles de France. La Cour Souveraine adressa aussitôt au prince un long mémoire pour lui peindre la désolation et la misère qui régnaient déjà dans le pays et l'impossibilité pour les malheureux habitants de supporter cette nouvelle et lourde taxe. Elle s'élevait en même temps contre les travaux en nature imposés aux populations et qui les réduisaient à la misère.