«Vous êtes toujours le très bien venu quand vous venez, et maudit quand vous ne venez pas. J'attendrai donc avec impatience votre arrivée pour lever la malédiction et bénir le jour par votre présence. Au reste, je vous souhaite, en vérité, pour cette année, plus de bonheur que vous ne sauriez désirer. Il est dû à votre mérite et à la part que j'y prends. Je suis de tout mon cœur votre très affectionné

«Stanislas, Roi.»

En 1758, Tressan, pressé par la nécessité, ayant sollicité une augmentation de traitement pour ses fonctions de maréchal des logis, le Roi lui mande[ [64]:

«Lunéville, 9 octobre 1758.

«Je ne fais réponse à la lettre que vous m'avez écrite que pour vous dire qu'il ne faut pas tant vous prévaloir de l'exemple que vous citez de la charge de maréchal-des-logis, dont je n'ai absolument pas besoin; mais comme j'ai beaucoup d'amitié pour vous, que j'ai besoin de votre attachement, et que je ne suis pas fort riche pour mettre un prix à une douceur si inestimable, ce que je vous ai assigné a été à proportion de mes facultés, à quoi j'ajoute encore mille francs du premier jour de l'année, en n'exigeant de vous autre chose, que de me voir autant que ma société vous sera agréable.

«Je vous embrasse de tout mon cœur.

«Stanislas, Roi.»

Maintenant, quand il se rend à Versailles voir sa bien-aimée Maryczka, Stanislas, qui a perdu son fidèle compagnon Ossolinski, le remplace souvent par Tressan. C'est ce qui a lieu en particulier en septembre 1759.

A ce moment, les difficultés politiques qui ont si gravement troublé la vie en Lorraine sont à peu près apaisées et on peut enfin prévoir une ère de calme et de tranquillité; aussi le Roi s'empresse-t-il de partir pour Versailles. Il emmène avec lui MM. de la Galaizière, de Lucé, et de Tressan; la situation pécuniaire de ce dernier est devenue si critique qu'il ne peut même plus nourrir ses chevaux ni ses gens; il se berce de l'espoir qu'avec l'aide du Roi il obtiendra du ministre quelque faveur.

A mesure qu'il vieillit, Stanislas fait à Versailles des voyages de plus en plus fréquents. Soit qu'il sente venir l'heure prochaine et inévitable de la séparation et qu'il veuille profiter de ses dernières années, soit qu'il sente que sa chère Maryczka a plus besoin que jamais de sa tendresse et de ses consolations, malgré son grand âge, il se rend régulièrement deux fois par an auprès de sa fille.