Bien entendu, dans la salle à manger, la table était mise en permanence, chacun apportait des victuailles, et c'était une odeur de comestibles à ne pas tenir dans la maison.
Les personnes les plus favorisées jouaient au loto dans la chambre de la malade.
Malgré tout, la marquise s'en tira, et l'on célébra sa guérison par une comédie champêtre et toutes sortes d'extravagances.
Six mois après, Mme de Mauconseil retomba malade. Personne n'y prit garde, elle avait cessé d'être à la mode. L'on n'apprit sa mort que par le billet d'enterrement.
Les voyages du Roi ne se passaient pas toujours sans encombre. En 1757, pendant la route, il arriva un accident qui aurait pu être fort grave. Stanislas n'adorait pas seulement les inventions nouvelles, il avait aussi la manie de les expérimenter; il avait imaginé une voiture à trois roues dont il attendait merveille et, bien que Mme de Boufflers eût essayé de l'en détourner, il avait absolument voulu en faire l'essai lui-même. A l'aller, tout se passa bien et le Roi était ravi, mais au retour il n'en fut pas de même. En approchant de Saint-Dizier, le postillon ayant voulu tourner trop court, la voiture et le cheval de brancard furent renversés sur le côté gauche; MM. de la Galaizière, de Lucé et de Tressan, qui se trouvaient dans le carrosse de suite, accoururent au secours du roi et leur effroi fut grand en trouvant Stanislas immobile, muet et comme s'il était inanimé; sa tête était cachée dans la voiture et on ne voyait que son dos couvert de débris de glaces. On ne savait comment le retirer de cette situation périlleuse lorsqu'il s'écria enfin: «Ce n'est rien!» Mais il eut le bon esprit de rester immobile jusqu'à ce que tous les morceaux de glace qui pouvaient le blesser eussent été enlevés. Enfin, après bien des efforts, on put le retirer par la portière de droite. Il était sain et sauf, très calme, et, pour bien montrer qu'il n'avait aucun mal, il fit une longue marche à pied pendant qu'on relevait la voiture et qu'on la réparait. Son chien Griffon, qui était avec lui dans le carrosse, ne fut pas moins heureux et s'en tira sans la moindre blessure.
CHAPITRE XIII
1756-1760
Les enfants de la marquise de Boufflers.
Ainsi que nous l'avons vu au cours des précédents chapitres, les trois enfants de la marquise de Boufflers avaient grandi auprès de leur mère, qui s'occupait d'eux fort tendrement, et ils s'étaient trouvés peu à peu mêlés à la vie de la Cour. Stanislas leur témoignait beaucoup d'affection. Mlle de Boufflers en particulier, celle que les courtisans avaient surnommée «la divine mignonne», avait, par sa gaîté juvénile et son esprit, conquis les bonnes grâces du Roi, et il l'appelait souvent auprès de lui.
L'aîné des enfants, celui qui, à la mort de son père, avait pris le titre de marquis, quitta assez jeune Lunéville pour aller à Versailles occuper la place enviée de menin du dauphin, place qu'il devait naturellement à la protection de Stanislas.