Deux mariages sensationnels ont eu lieu à la Cour en 1757. Le 2 mai, le fils de M. de Bercheny a épousé Mlle de Baye, à six heures du matin, dans l'église paroissiale de Lunéville. Le Roi a offert un somptueux repas de noces au château de Chanteheu.
Le 26 juin, M. de Caraman, petit-fils de Riquet, le célèbre constructeur du canal de Languedoc, a épousé Mlle de Chimay, petite-fille du prince de Craon. La cérémonie a été célébrée en grande pompe dans la chapelle du château à Lunéville; c'est Stanislas qui a fait les frais de la noce, et il a gardé les deux époux près de lui pendant toute une année. En l'honneur du mariage, M. de Caraman a été nommé chambellan du roi de Pologne.
La même année, le 25 septembre, Mme de Boufflers apprenait la mort, en Languedoc, de son beau-frère le maréchal de Mirepoix, qui commandait les troupes du midi. C'était une perte cruelle pour la maréchale, qui adorait son mari, et qui resta longtemps inconsolable de sa fin prématurée.
M. de Mirepoix était capitaine des gardes du corps de Stanislas. En bonne sœur, la maréchale écrivit au roi que la plus grande consolation qu'elle pouvait recevoir de la perte de son époux serait de le voir remplacé par son frère de Beauvau. Stanislas s'empressa de déférer à un vœu aussi pieux et le prince fut nommé aussitôt.
Un an après, un nouveau deuil frappait la maison de Beauvau:
La princesse douairière de Chimay mourut au château de Commercy, le 22 juillet 1758, à une heure du matin. Quelques jours auparavant, Thoumain de Nancy, le célèbre chirurgien, lui avait fait «l'extraction d'un polype du poids d'une livre et demie dans la matrice». Sa mère, la princesse de Craon, sa sœur, la marquise de Boufflers, son frère, le chevalier de Beauvau, et enfin sa belle-fille l'assistaient à son heure dernière.
L'année suivante, son fils, le prince de Chimay, était tué à la tête des grenadiers de France, le 9 août, à la bataille de Toddenhausen, près de Minden; c'est lui qui avait si miraculeusement échappé à la mort lors de l'accident arrivé au marquis de Boufflers en 1751. Ce jeune prince donnait de grandes espérances; il fut très regretté.
Sa place de commandant des gardes du corps du Roi de Pologne fut donnée au fils aîné de Mme de Boufflers, le marquis de Boufflers-Rémiencourt. Peu de temps après, il était encore nommé bailli d'épée du bailliage de Pont-à-Mousson.
On voit que Stanislas, dans sa paternelle bienveillance, ne cessait de combler de ses faveurs les membres des familles de Beauvau et de Boufflers.
Le 16 mars 1758, le Roi eut la grande satisfaction d'apprendre par un courrier de M. de Belle-Isle que le roi de France, cédant à ses instances, venait de nommer le comte de Bercheny maréchal de France; c'était le glorieux couronnement d'une brillante carrière militaire.