Le théâtre est toujours la passion dominante de la petite Cour. La troupe «de qualité» formée autrefois par Voltaire et Mme du Châtelet a été modifiée et renouvelée. Maintenant c'est Mme de Boufflers qui fait fonction d'impresario et qui stimule le zèle de tous. Mesdames de Boufflers, de Bassompierre, de Thianges, de Cambis, Mlles de Boufflers, Alliot, Dufrène, de Luzancy sont les principales interprètes.
Quand ce n'est pas la «troupe de qualité» qui donne, ce sont des acteurs de passage; ils jouent successivement: Sémiramis, Blaise le savetier, le Frondeur, la Fausse aventure, l'Ecossaise, Rodogune, Tartuffe, la Bohémienne, l'Orpheline, la Fausse Agnès, Iphigénie en Tauride, etc.
En 1759, on vit débuter le fils du directeur des théâtres de la Cour, qui devait acquérir plus tard dans son art une grande célébrité. Fleury, âgé de sept ans, eut l'honneur de jouer en présence du Roi de Pologne. Après la représentation, on conduisit le petit comédien devant le monarque, et ce dernier, charmé de sa gentillesse et de son talent précoce, l'embrassa et il lui fit en même temps un riche cadeau.
De fréquentes et illustres visites apportaient souvent dans la vie de la Cour une agréable distraction.
Au mois de juin 1758, Stanislas reçut le second fils d'Auguste III, Xavier, frère de la dauphine[ [70]. Le prince allait à Versailles pour voir sa sœur et offrir ses services à Louis XV.
Bien qu'il caressât toujours l'espoir de voir renverser Auguste III et de le remplacer sur le trône de Pologne, Stanislas, pour ne pas mécontenter son gendre, fit au jeune prince un accueil magnifique et il l'entoura de mille prévenances. Il envoya le chevalier de Beauvau et le marquis de Boufflers au devant de lui jusqu'à Chanteheu avec les carrosses de la Cour; lui-même alla l'attendre jusqu'aux grilles du Bosquet. Le prince arriva à neuf heures du soir, et il y eut un magnifique souper au Kiosque, avec illumination.
Le lendemain, après une messe en musique à la chapelle du château, il y eut table de trente-six couverts, et musique. Puis toute la Cour monta en carrosse et se rendit à Chanteheu; au retour, l'on fit jouer la cascade, et l'on mit en mouvement les figures du Rocher; à quatre heures et demie, le prince remonta en voiture pour continuer sa route, charmé de l'amabilité du Roi et de l'accueil qu'il avait reçu.
Au mois de novembre, on reçut la visite du prince de Condé, qui venait de l'armée de Broglie, puis celles du baron de Gleichen, du baron de Breteuil, etc.
Toutes les visites n'étaient pas toujours aussi importantes, mais elles étaient quelquefois plus amusantes.
A la fin de 1759, le 2 décembre, arriva à Lunéville la comtesse Humiecska, parente de Stanislas, et femme du grand porte-glaive de la couronne. Elle était accompagnée d'un gentilhomme polonais, nommé Borwslaski, âgé de vingt-deux ans, et qui était le nain le plus surprenant qu'on pût imaginer. Bien qu'il n'eût que vingt-huit pouces de haut, il était très bien pris dans sa taille et tous ses membres étaient parfaitement proportionnés; sa physionomie était douce et fine, ses yeux très beaux, tous ses mouvements pleins de grâce, enfin il dansait à merveille. Son esprit était aussi délicat et parfait que son corps: Il avait une très bonne mémoire, savait lire, écrire, compter; il parlait l'allemand et le français et ses reparties étaient fines et spirituelles. Il professait la religion catholique, dans laquelle il était fort instruit[ [71].