«Je vous demande pardon, mon cher ami, de ma longueur sur mes maux, et de mes effusions, mais ma tête est encore en désordre...
«Je vous embrasse, mon cher ami, je vous suis attaché pour la vie; la mère vous embrasse, je voudrais que vous y eussiez du plaisir en faveur de ce que je lui dois; mille tendresses et respects à la charmante mignonne.»
Une fois rétabli, le gouverneur va tenir compagnie au Roi, qui se morfond à Commercy. Il emmène avec lui Mme de Tressan, dont il n'a pas oublié les touchants procédés. Mais hélas! qu'est-ce que la Cour quand Mme de Boufflers en est absente? La vie y est navrante; l'ennui, le mortel ennui gagne tout le monde:
«A Commercy, le 15 juillet 1760.
«Mon cher ami, je me meurs, je péris d'ennui ici; il m'est impossible d'y tenir quand Mme de Boufflers n'y est pas. Le Roi n'y cause pas plus avec moi qu'avec le dernier imbécile de la cour et je lui suis très inutile. Mes enfants ne sont point ici, faute de logement, et M. Alliot nous a logés exprès très mal à notre aise.
«On ne joue point, la société y est décousue, et je mande à Mme de Boufflers que la tiédeur, la langueur, la fadeur y éclosent sans cesse aux pâles regards de sa triste sœur.
«Mme de Tressan retournera bientôt à Toul, et moi je n'attends que des nouvelles de Mme de Boufflers pour en faire autant. Si je lui suis utile, je resterai, sinon, j'irai manger mes melons chez moi.
«Il est très incertain que j'aille à Paris; il m'est impossible de toucher un écu. Je suis dans une misère et une désolation affreuses, et je suis bien aise de faire sentir à mes amis de Versailles qui m'y désirent la force des raisons qui m'empêchent de faire ce voyage, pour leur faire honte de n'y pas remédier.
«J'ai fait vos compliments à tous vos amis d'ici, qui vous embrassent et vous regrettent beaucoup. Mlle Clairon se porte à merveille, nous la voyons souvent.
«Adieu, cher et aimable ami, je vous embrasse bien tendrement. La mère en fait autant et soupire comme moi après vous.»