Le contrat fut signé par le Roi et la Reine au château de Choisy, le 21 septembre, et le lendemain par les princes du sang.

Puis toute la famille, maître Delaleu compris, partit pour Lunéville.

Le 27 septembre, le roi de Pologne signait à son tour. La cérémonie eut lieu dans la salle du château, en présence de notre vieil ami «Pierre Charles Porquet, docteur en Sorbonne, aumônier de Sa Majesté le roi de Pologne et de Messire Nicolas-François-Xavier Liebault».

En l'honneur du mariage, Stanislas combla M. de Boisgelin: d'abord il le nomma premier gentilhomme de la chambre; puis il lui donna le gouvernement de Saint-Mihiel, qui rapportait 5,200 livres par an. Enfin on se rappelle qu'en 1757, le Roi avait accordé à Mme de Boufflers la jouissance viagère de la terre de la Malgrange; il étendit le bénéfice de cette donation aux futurs époux Boisgelin et à leurs enfants, s'ils en avaient[ [86].

Le prince de Beauvau s'était très généreusement démis de sa charge de colonel des Gardes Lorraines (Infanterie) et de la pension de 6,000 francs qui y était attachée, en faveur de son futur neveu; le roi, par brevet du 27 septembre, confirma la nomination de M. de Boisgelin et il paya de sa cassette les 40,000 livres qui étaient dues au prince pour prix du régiment. Il fut en outre stipulé que dans le cas où M. de Boisgelin se déferait du dit régiment, la somme de 40,000 livres qu'il en retirerait reviendrait à la comtesse, sa femme, à laquelle Sa Majesté en faisait don.

Le mariage fut célébré en grande pompe à Lunéville, le 6 novembre 1760. On donna à la cour de grandes réjouissances à cette occasion.

Quelques jours après, les jeunes époux partaient pour Paris. M. de Boisgelin présenta sa femme à Versailles le 30 novembre, et deux jours après, sur les pressantes sollicitations de Stanislas, elle était nommée dame pour accompagner Mesdames.

Mme de Boufflers, toujours assez besoigneuse, ne put acquitter que le 27 décembre la somme qu'elle avait promis de payer la veille du mariage. La scène se passa chez maître Delaleu. Elle remit à son gendre, «en louis d'or, d'argent et monnaie, bons et ayant cours, comptés, nombrés, et réellement délivrés à la vue des notaires soussignés, la somme de 50,000 livres.»

L'union de Mme de Boisgelin s'annonça d'abord sous les plus heureux auspices. La jeune femme eut ou crut avoir des espérances de grossesse; elle avait «des vomissements quotidiens» qui la ravissaient. Malheureusement, si ces incommodités continuaient, rien n'annonçait la réalisation des espérances conçues. Au bout de quelques mois, il fallut bien admettre qu'il y avait erreur. Ce fut pour la jeune femme une cruelle désillusion.

Le ménage allait éprouver bien d'autres déceptions.